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Dans un environnement marqué par l’évolution des exigences du marché, le secteur de la formation d’ingénieur se heurte aujourd’hui à de réels défis. Le Maroc a réussi à former 10 000 ingénieurs en 2010 et souhaite en atteindre 15 000 dans les années à venir. Chiffres certes en progression mais qui restent inférieurs par rapport à d’autres pays. À quoi ce dysfonctionnement est-il dû ?

 

Quel avenir pour la formation d’ingénieur au Maroc ? Telle est la question majeure qui a suscité l’intérêt de plus de 150 académiciens, chercheurs, entrepreneurs et étudiants de l’Université Internationale de Casablanca lors d’une table ronde organisée le mercredi 19 mars 2014.
Engagé dans son ambition de former 10 000 ingénieurs par an, le Maroc cherche encore à accélérer la cadence de la formation afin d’atteindre un objectif de 15 000 ingénieurs dans les années à venir. Or, les chiffres du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la formation des cadres montrent que le Maroc compte seulement 30 000 ingénieurs, soit un rapport de 9 pour 10 000 habitants. Ce chiffre reste très faible par rapport à celui réalisé en Jordanie (40), en France (130) et au Japon (540). Pour Driss Bouami de l’EMI (Directeur de l’École Mohammedia d’Ingénieurs), il n’y a que 4.500 ingénieurs qui sont actuellement formés dans des écoles marocaines de renommée qui offrent un enseignement de rigueur.
Le reste vient des licenciés des facultés des sciences qui optent pour des masters, notamment les masters spécialisés en ingénierie. Déjà, pour atteindre le chiffre de 10.000 ingénieurs à l’horizon 2010, il fallait que les différentes écoles doublent leurs effectifs. Certaines l’ont fait, d’autres sont en voie de progression comme l’École Mohammedia d’Ingénieurs qui enregistrait 300 lauréats par an en 2006, et qui est passée à 480 lauréats aujourd’hui.

Toutefois, il ne faut pas se contenter de la simple question quantitative, puisque la formation d’ingénieur au Maroc se heurte à des enjeux plus complexes relevant essentiellement d’un véritable déficit en matière de qualité d’enseignement. À ce propos, Mourad Cherif (Président du Conseil de Surveillance de la BMCI et Ingénieur d’État) souligne que le Maroc compte encore 10 fois moins d’ingénieurs que les pays européens. Certes, il peut optimiser ses objectifs quantitatifs à ce niveau mais la qualité reste un grand défi qui s’impose. En effet 60% des ingénieurs ne sont pas issus d’écoles propres à l’ingénierie et ceux-ci ont du mal à s’intégrer dans un marché d’emploi de plus en plus exigent en matière de profils recherchés. Mourad Cherif rajoute que la majeure partie de la responsabilité est redevable aux écoles et établissements de formation supérieure. De ce constat émane la nécessité de revoir en permanence la nature des modules enseignés et le degré de leur faisabilité vis-à-vis du monde du travail. L’encadrement, le suivi et la bonne orientation durant le processus des stages sont des points-phares qu’il faut prendre en considération. Autre contrainte qui détermine la formation d’ingénieurs dans les établissements publics, c’est la concurrence du marché privé. Certes, le secteur public dispose des formations en ingénierie de plus en plus diversifiées voire spécialisées telles que les sciences appliquées, les télécommunications et l’architecture. Mais le secteur privé suit une autre démarche : celle qui consiste à adapter la formation à la demande. Autrement dit, il s’agit de former des ingénieurs selon le principe des compétences recherchées par les entreprises. Qu’ils soient publics ou privés, les établissements d’ingénierie sont censés initier leurs élèves aux qualités jugées intrinsèques au profil d’ingénieur.

La polyvalence, le leadership et l’adaptabilité viennent en tête de ces qualités. Ceci dit, être ingénieur ne s’improvise pas. C’est un profil fédérateur de qualités et de compétences qui se nouent et se renforcent avec l’expérimentation et la pratique. Bien que le souci d’insertion des ingénieurs dans la vie professionnelle soit de plus en plus récurrent dans les dernières années, la qualité des formations et des pédagogies adoptées reste souvent un élément vital à revoir. Rappelons d’ailleurs que cette question de qualité concerne tout un système éducatif au Maroc, ce qui rend la responsabilité plus complexe voire plus lourde à l’égard de l’État. Concept délicat et large, la qualité couvre tout un contexte dont les éléments sont étroitement liés. La qualité des apprentissages dépend ainsi de plusieurs facteurs comme l’état des infrastructures d’accueil, la qualité du service d’orientation et de communication ainsi que l’efficacité des supports et moyens pédagogiques adoptés. Tel environnement nécessite finalement la fédération de plusieurs efforts, de l’État et de spécialistes, afin de pouvoir redresser ce secteur avant qu’il ne soit largement conquis par l’investisseur étranger, de plus en plus intéressé par le Maroc.

 

Paru dans Chantiers du Maroc N°116 – Avril 2014


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